mardi 11 décembre 2018

De l’enfance il me reste surtout cette acuité des petits arrangements psychiques des adultes, ces petites stratégies majoritairement inconscientes pour ne pas perdre la face. Car là semble bien être l’activité principale de l’homme et la tâche privilégié du parent. Toujours garder le pouvoir, ne pas en lâcher une miette, pour ne pas permettre à l’autre de se révéler dans cette pure altérité, qui est en même temps égalité, et qui nous menace. Mentir, esquiver, embrouiller, accuser l’autre de mensonge, jusqu’à s’en persuader soi-même. Et lorsque tous les procédés ont été usés : la colère, la brutalité pulsionnelle de la colère. 

Chez l’adulte qui se met en colère, je retrouve de façon frappante l’enfant qu’il a été. La colère est ce magma qui transforme tout sur son passage, colore le visage de rouge, le boursoufle de crispations. Le hiatus entre ce corps d’adulte et l’expressivité infantile qui l’anime me le rend d’emblée ridicule : je croirais faire face à un pantin, un guignol, tant la colère est toujours déjà caricature d’elle-même. Elle a comme un déficit de réalité - je me demande souvent si le colérique n’a pas nécessairement conscience de son sur-jeu, si la colère même ne se réduit pas toujours à un travail plus ou moins habile de mime. Face à ce type de grosses colères, nées de la frustration et du désir de domination, ça ne manque pas, je ris à chaque fois. 

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